Florent Poussineau

Le repas est le moment où l’on peut enfin se réunir tous ensemble à condition bien sûr d’être ponctuel, de parler politique, de ne pas se servir dans le frigo, de ne pas regarder la télé et éviter au maximum les tabous. De la même manière qu’un couple se forme souvent autour d’un dîner amoureux. C’est une forme d’architecture qui peut être souvent pénible : l’exemple des courses. Derrière le choix des aliments se cache un jeu bien plus important qu’il n’y parait. En poussant ton caddie tu te plonges dans les goûts et les désirs de chacun ( en plus des considérations de santé ), tu imagines à l’avance quelles vont être les scènes de repas, tu commences à construire ce moment qui représente le coeur de la vie. Dans notre société où la valeur absolue est le bonheur personnel, il y une individualisation des pratiques : chacun a tendance à privilégier ses goûts, ses horaires, ses lieux. Tu passes moins de temps à la préparation des repas. Pourtant, tu sais te rendre autonome, et tu surinvestis ce moment du repas où l’on se retrouve. Pour toi, c’est important d’être ensemble, même autour de bâtonnets de poisson. Mais pour toi, c’est l’investissement culinaire d’une personne, avec la préparation d’un plat qui a une histoire familiale.

 

  Qu’est ce qu’on ferait pas pour « faire famille ». À chacun ses rituels. Ce qui compte ce n’est pas forcément le nombre de repas pris ensemble, mais l’intensité, l’ambiance, la sensation de communier !

 

Mais parfois c’est long, très long. Tu es dans une situation très intime, à regarder l’autre dans le blanc des yeux. L’obligation d’élocution peut être violente. La télé te permettra d’échapper à cette pression collective et t’aidera probablement à nourrir la conversation. Avant les enfants n’avaient quasiment pas le droit à la parole lors des repas. Regarde, aujourd’hui c’est tout l’inverse. Dès que l’enfant commence à pousser des cris, il va tenir le premier rôle. En même temps, c’est l’occasion pour lui de découvrir son personnage dont tout le monde rit. Le repas est un petit théâtre. Chacun montre son caractère dans le jeu de rôle qui s’institue et les tables les plus joyeuses peuvent être très cruelles pour les timides qui se sentent écraser et se demandent tout au long du repas : « Est-ce que je vais arriver à dire un mot ? »

 

 

Le chef du restaurant Pistache, Florent Poussineau a invité pour cette occasion Alexis Desfrançois, chef du restaurant Le Magnolia à Riom en 2016. Il a participé à l’élaboration du menu et a cuisiné pour les clients sélectionnés. Pistache restaurant a également ouvert sa terrasse. Le chef du restaurant et l’artiste, Jason Rouillot, ont proposés une installation culinaire. Cette pièce située à l’extérieur a permis de déguster et d’observer l’action qui était en train de se dérouler à l’intérieur. Jason Rouillot a également participé à l'élaboration du menu servi à l'intérieur et est un acteur majeur de la fondation de ce restaurant.

 

Photographies prises par les convives.